Lettre de SUD éducation 46 _ Juin 2015

RÉFORME DU COLLÈGE : la lutte des classes !

jeudi 11 juin 2015
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RÉFORME DU COLLÈGE : la lutte des classes !

Dans les collèges, le malaise est grand. Le découragement aussi : suppression des Aides Éducatives, mise en place des Indemnités pour Mission(s) Particulière(s), le réforme et les nouveaux programmes inquiètent.

Le passage en force du décret au lendemain de la grève du 19 mai a donné l’illusion que les cartes étaient jouées : on ne veut pas de cette réforme, en tout cas pas celle-là, mais qu’est-ce qu’on y peut ? L’invitation controversée de la Ministre aux syndicats pour discuter gentiment des petites améliorations à apporter à sa petite réforme n’arrange pas les choses : certains vont y aller, « à reculons », mais y aller tout de même !

En ce 11 juin, nombre de collègues se sont sentis impuissants face à ces déferlantes successives et n’ont pas rejoint le nombre des grévistes : la sensation d’épuisement ou la lassitude l’auraient-elle emporté ?

Pas chez nous : quand on veut quelque chose, on ne lâche pas.

Rendez-vous chez le Dasen

L’intersyndicale, Sud Éducation, FO, FSU, CGT (cette dernière étant excusée) a été reçue ce matin par le Dasen. Nous y avons bien sûr évoqué la réforme du Collège. Nous avons exposé nos désaccords, parfois profonds, sur le fond et la forme de cette réorganisation du Collège.

Plusieurs points se sont dégagés :

- le manque de moyens :

· des heures d’enseignement ont été supprimées ces dernières années, et on voudrait aujourd’hui nous présenter une réforme « ambitieuse », à moyens constants :

o où sont les heures de concertation entre enseignants pour préparer les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) ?

o allons-nous devoir assurer ces EPI seuls devant des classes entières ? Réponse du Dasen : « la co-intervention sera possible », comprenons si le prof veut assurer ces heures bénévolement (un prof payé, deux présents)…

· « La réforme prévoit trois heures d’AP en sixième », contre deux heures aujourd’hui. Scandaleux, car largement insuffisant ! Les inégalités continueront immanquablement à se creuser.

- L’autonomie des établissements :

« Les établissements vont gagner en autonomie et en souplesse », nous dit le Dasen, et le conseil école/collège, ainsi que le conseil pédagogique vont devenir les instances de discussion où sera élaboré le projet pédagogique de l’établissement. Danger ! rétorquons-nous. Le conseil pédagogique risque de devenir une foire d’empoigne où les projets des uns et des autres vont se télescoper. Il risque de devenir un niveau hiérarchique supplémentaire, avec des profs y siégeant, et d’autres non, alimentant la dépossession des prises de décision par les équipes enseignantes.

La « souplesse » vantée revient également à créer des disparités entre établissements, car les parcours des élèves se retrouveront différenciés d’un établissement à l’autre. Quelle sera la cohérence des enseignements pour un élève changeant d’établissement au cours de sa scolarité ?

- La dette

Enfin, dans un vibrant plaidoyer pour la nation, le Dasen a déploré le « french bashing » (en anglais s’il vous plait !), et a rappelé l’ampleur abyssale de la dette publique de la France, allant même jusqu’à affirmer qu’il fallait sortir de la dialectique de la « lutte des classes ».

Une saillie hors de propos, bien éloignée de nos préoccupations éducatives, mais qui témoigne d’une vision libérale de la société et d’une inversion de ce qu’est la politique : le DASEN nous dit : voilà les moyens dont nous disposons, voilà ce que nous pouvons faire.

Or, la politique, selon nous : voilà ce qu’on veut, définissons les moyens qui sont nécessaires, et nous sortirons peut-être du french bashing.

Pour finir, une information à mettre en contrepoint du discours très gestionnaire du Dasen : « L’armée de Terre devient le premier recruteur de France » (Le Monde du 9 juin 2015).

Vous pensiez que c’était l’Éducation Nationale ?

Ce que réclame Sud Éducation :

Nous réclamons un collège qui fonctionne pour tous, qui prenne en compte les différences de chaque élève, qui l’amène à s’épanouir tout en acquérant les savoirs indispensables à une vie personnelle et sociale heureuses.

C’est-à-dire :

· Des enseignements par petits groupes

· Une interdisciplinarité favorisée, avec des temps de préparation pour les profs

· De vrais dispositifs d’aide, avec des moyens humains, pour les élèves en difficulté.

· Repenser l’évaluation, afin de la rendre valorisante pour l’élève

· Prendre en compte et respecter les rythmes d’apprentissage des élèves en créant des dispositifs d’aide (tutorat, reprise en petits groupes de notions non acquises, etc.)

· Des assemblées plénières qui discutent réellement du fonctionnement de l’établissement, et pas des « Conseils pédagogiques », qui sont autant de courroies de transmission de plus ou moins petits chefs

· Un encadrement riche en dehors des temps de cours, qui permette à l’élève de se cultiver, de manipuler, d’expérimenter, bref, d’élargir sa vision du monde

· Des choix dissociés de la mode, avec une réflexion de fond sur les acquis et savoirs (être, faire…) fondamentaux : apprendre à coder en informatique, c’est maîtriser un langage pour communiquer avec sa machine… mais quid du langage qui permet aux humains de communiquer ?

· Des profs heureux !

Allez, ne vous découragez pas : SUD est toujours là… Venez plutôt nous rejoindre !

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